BLOG ERRANCES SPATIALES DE GUILLAUME PERROT

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Trans en Provence : le mythe de l'OVNI scientifique !

 

Tout le monde a entendu parler de "l'affaire" de TRANS-EN-PROVENCE et les ufologues francophones et anglophones n'hésitent pas à le présenter comme LE cas d'ovni scientifiquement étayé, la référence quasi incontournable... N'a-t-il pas servi, il y a deux ans, à donner de la consistance au dossier ovni présenté par le MUFON, le FUFOR et le CUFOS au congrès des Etats-Unis (1) afin de financer une recherche sur le sujet? N'est pas le cas de T.E.P et l'aura du CNES que le Pr Sturrock utilise lors du colloque international de Pocantico, en septembre 1997, chez Laurence Rockfeller pour cautionner le dossier ovni? S'il y a beaucoup de "spécialistes" du cas, très rares sont ceux qui ont vraiment étudié l'ensemble du dossier en détail et plus rares encore sont ceux qui ont tenu compte des détails du dossiers.

 

Un exemple révélateur : pas un ufologue, pas même un seul des scientifiques ou experts, de J.Jacques Vélasco du Service d'Expertise des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques (SEPRA/CNES) en passant par Jacques Vallée, ne décrit l'aspect de la trace tel qu'il est réellement! Pas même le dessin effectué par les gendarmes (2) sur le site n'est réaliste. On lira ici "deux cercles concentriques", là "deux arcs de couronne" mais jamais vous n'avez entendu parler d'une belle empreinte rectiligne, intimenent liée à LA trace.

 

 

Photo prise 48h apres l'observation

 

Elément structurel, aussi net que dérangeant, visible sur toutes les photos détaillées publiées, de la revue "Lumières dans la nuit (3)" de l'époque à la récente plaquette publicitaire du très officiel SEPRA/CNES de 1992 (4). En exagérant à peine, c'est comme si tout le monde décrivait une soucoupe en ayant sous les yeux une poêle à frire... (fig1)

 

Alors pourquoi ce cas de rencontre rapprochée du 2ième type est-il si renommé et si mal connu ? C'est précisément ce que je me propose de vous raconter ici. Pour qu'une histoire d'ovni devienne un grand si grand classique du répertoire, point n'est besoin de disposer d'un récit extraordinaire, il suffit que la "science" s'en mêle.

 


 

L'histoire commence en fait quelques mois avant l'observation: En 1980, aussi incroyable que cela puisse paraître concernant un organisme officiel, le GEPAN ne sait pas comment trouver un biologiste pour des analyses d'échantillons susceptibles d'avoir été affectés par un atterrissage d'ovni. C'est grâce a un ingénieur stagiaire, Jean Christophe Vève, qui est aussi un ufologue, que le GEPAN entend parler de Michel Bounias, biochimiste a l'INRA (5) d'Avignon. Bounias étant en fait son voisin...Ainsi fonctionne l'ufologie française officielle. Un contrat sera signé entre le Pr Bounias et le GEPAN/CNES, et bientôt mis en application sur un cas réel.

 

 

Les premiers dérapages

 

Le 9 janvier 1981, Un télex de la gendarmerie de Draguignan parvint au GEPAN. En voici le contenu principal:

 

 

"Le 8/1/81, route de la Motte, témoin distant de 50m, attiré par un léger sifflement a aperçu l'objet à la verticale de son jardin. Il a continue sa descente jusqu'à un mètre du sol environ. Lorsque le témoin s'est approché l'objet a redecollé à la verticale assez rapidement sans soulever de poussière, jusqu'à une hauteur de 25m environ pour aller vers l'Est. Durée totale: 1minute environ. Aspect ovoïde gris mat sans hublot ni antenne, pas d'effet sur le témoin, pas d'êtres visibles. Traces: 2 arcs de cercle ressemblant à des traces de ripage de pneumatiques, longueur 80cm largeur, 10cm."

 

A ce stade quelques remarques s'imposent:

 

Voici un ovni "stationnaire à 1 mètre du sol" dans ce télex mais qui est décrit comme étant "vu au sol" dans le procès verbal qui mentionnera aussi de la poussière au décollage, en contradiction avec le télex (et les dires ultérieurs du témoin). En moins d'une heure, au sein de la brigade de gendarmerie, l'histoire est déjà déformée...

 

Dans l'introduction de ses travaux, citant ce télex, M.Bounias écrira 40cm au lieu de 80. Et ce n'est que le début. L'expression "trace de ripage de pneumatiques" qui est employée pour la première fois dans ce télex de gendarmerie destiné au GEPAN disparaît étrangement dans le procès verbal d'audition du témoin. Le mot "pneumatique" est porté manquant dans la toute la note technique GEPAN n°16 (notée NT16 par la suite) (6) Il y devient en page 16 "genre de trace de ripage" et, à la page 27, il est remplacé par des points de suspension!

 

Seule la presse reparlera du "ripage de pneumatiques" par la suite; les promoteurs les plus célèbres du cas baniront l'expression. Il est en effet difficilement imaginable de promouvoir scientifiquement et avec sérieux un ovni à roulette" laissant des traces de pneus au démarrage. On amnésia donc le mot et l'idée qu'il sous entendait afin que le cas entre dans l'Histoire de l'ufologie (et pour y entrer avec lui).

 

 

Vue du site de l'observation

 

L'observation de Rénato Niccolaï (noté R.N par la suite) allait donc se relater ainsi : Le 8 janvier 1981 vers 17h, le temps commence à fraîchir et le soleil à se coucher. R.N, âgé de 52 ans,en arrêt maladie suite à un infarctus avec rechute, oeuvre à la construction d'un abri à pompe (A) en parpaing sur le terre-plein surplombant sa maison. Il a son attention attirée par un sifflement. Tournant la tête vers l'Est (ou N/E), il aperçoit un disque mat entouré d'un anneau épais qui déboule du haut des arbres bordant sa propriété. Ce disque se pose sur le terre-plein situé en contrebas et n'est dès lors plus visible du témoin,situé à 50m mètres de là. R.N marche sur une vingtaine de mètres puis se place près d'une maison annexe (B) située sur la même terrasse que l'abri à pompe.

 

De là, R.N observe l'engin qu'il va décrire ainsi:"c'est un disque un peu ventru comme deux assiettes collées l'une contre l'autre par les bords avec un anneau central d'une vingtaine de cm de large". L'objet, qui est posé très près du mur de la terrasse supérieure, peut avoir 2.5m de diamètre, 1.5m de haut et repose sur deux (ou quatre) pieds (ou tuyères) qui ressemblent à des "seaux de maçon renversés" dépassant d'une vingtaine de centimètres. Le témoin ne voit que deux "seaux" qui lui font face. Au bout de 4 secondes d'observation, le phénomène décolle rapidement vers l'Est en passant entre deux grands pins. Deux "seaux" déployés et les deux autres rentrés sont visibles sous l'ovni. L'observation a duré au total quelques dizaines de secondes (30 à 40s). R.N descend alors sur la terrasse du milieu puis emprunte quelques marches d'escalier pour se retrouver sur le terre-plein où a stationné l'ovni. Il s'approche et découvre des traces (C) qui ressemblent à des traces de ripages (...). Il se remet au travail puis rentre à son domicile, proche du site, pour regarder la télévision en attendant le retour de son épouse qui travaille. A son arrivée, vers 21h, il lui racontera sa vision et la présence de traces au sol. Elle ne le croira pas, pensant à une blague. Le lendemain, elle sera convaincue face aux traces et elle préviendra ses voisins, les Morin. Mme Morin expliquera à Mme Niccolaï qu'il faut prévenir la Gendarmerie Nationale qui doit enquêter et faire des prélèvements pour analyse. C'est cette voisine, intéressée par les ovnis, qui préviendra les gendarmes et non les Niccolaï (comme on le prétendit souvent).

 

D'autres versions de l'histoire allaient voir le jour au fur et à mesure des enquêtes et des publications. La revue FSR situa le cas dans le Gard au lieu du Var et la très officielle plaquette SEPRA/CNES (4) parle d'un ovni posé durant plus d'une minute! Nous ne nous attarderons pas sur ces variantes et ces déformations outrancières pour nous concentrer sur les incohérences internes du témoignage. Si l'on admet l'ovni tel que décrit par le témoin, en forme et en taille :

 

 

  • les 2 ou 4 "seaux" sous l'ovni n'ont laissé aucune marque visible au sol. On prétendit que les photos infrarouges montraient les traces circulaires des seaux, qui seraient donc fixes, sans s'étonner que la vraie trace soit due à un ripage consécutif à un mouvement.
  • l'ovni n'a pu laisser trace de ces deux arcs sans être en contradiction avec le témoignage: "il ne tournait pas".
  • même si l'ovni avait tourné, la largeur des "seaux" est bien plus importante que celle de la trace. De plus leur position sous l'ovni ne correspond pas à un diamètre de 2,40m! Si l'on augmente l' estimation de la taille globale de l'ovni pour arriver à positionner les seaux au diamètre de la trace alors l'ovni touche le talus du muret et la largeur des seaux devient plus grande donc incompatible avec celle des arcs...
  • le témoin, situé à 20m environ, n'entend aucun bruit d'impact alors qu'il décrit l'ovni "tombant comme une pierre". Admettons. Mais pourquoi ne perçoit-il pas le bruit du frottement et de l'écrasement des petits cailloux en silex (ceux qui font crisser une craie sur un tableau et rayent le verre!) par la masse de cet ovni, estimée à quelques tonnes par J.J Vélasco. R.N. entendit pourtant bien, à 50m et plus, le léger bruissement ou chuintement d'air de l'ovni descendant vers la terrasse puis repartant vers le ciel...
  • à aucun moment, le témoin, de son point de vue surélevé et décalé, ne pouvait voir le contact sol/ovni, ce dernier étant partiellement masqué par le muret de la terrasse. Ceci est visible sur le plan du GEPAN mais le GEPAN ne le vit pas...

 

Au vu de ces incohérences, il eut été légitime de penser que cette trace n'avait aucun lien avec l'ovni décrit. Le GEPAN, le SEPRA et tous les scientifiques mélés au dossier, déclarèrent que le témoignage était cohérent avec la trace!

 

On aurait pu admettre que le témoin, qui n'est pas allé voir la trace tout de suite mais quelques instants plus tard (de 30s à 5mn suivant les versions), se soit trompé de localisation et de trace. Il a une vue plongeante et partielle de l'ovni. Il se fie donc à des repères en perspective, mémorisés durant le temps très bref de stationnement. Cela tout en se déplaçant par rapport a ses repères (probablement des arbres mais rien n'a été enquêté à ce sujet). Combien de personnes seraient capables de situer à un mètre près la position d'un objet dans ces conditions? La preuve, les enquêteurs du GEPAN commettent bien une erreur de localisation de la trace sur certaines photos du site dans la N.T 16 GEPAN et même la rétrécissent de moitié sur deux photos (page 15)! On aurait aussi pu envisager une autre explication logique : un stationnement de l'ovni à 1m ou 50cm du sol (comme dans le télex) au lieu d'un atterrissage... et tout s'arrangeait.

 

Plutôt que de privilégier ces deux explications logiques, les "experts" du dossier, scientifiques et/ou ufologues, préféreront soutenir l'insoutenable et prétendre trouver des effets qui confortent un lien entre témoignage, trace et ovni. Considérer que le témoin aurait pu amalgamer une trace indépendante et préexistante avec un ovni bien réel, c'était faire sortir cette observation du cadre d'étude du GEPAN et aurait privé cet organisme d'une occasion de profiter des fonds alloués pour les analyses végétales. Rappelons ici que le GEPAN était sensé intervenir uniquement aux conditions suivantes: pouvoir aller sur les lieux 48h maxi après l'observation et avoir des témoins multiples et/ou une trace au sol.

 

Quand on sait que le GEPAN arriva sur les lieux 40jours plus tard, qu'il n'y a qu'un seul témoin et que la trace est incohérente avec le témoignage, on voit que la motivation du GEPAN ne relevait pas du respect de la méthodologie scientifique ni du protocole d'intervention. Chercher à comprendre pourquoi une éventuelle intelligence E.T se serait posée si près du muret, alors qu'il y avait toute la place sur la vaste terrasse, n'était pas non plus leur souci majeur. L'essentiel était que vive l'ovni de Trans "made in GEPAN". Et il vit bien.

 

 

L'INRA donne du pigment à l'affaire

 

Les analyses des végétaux allaient permettre de faire oublier cette trace physique visible, très utile pour l'image de marque du cas mais aussi très dérangeante pour sa crédibilité. Malheureusement aucun protocole de prélèvement, élaboré et préalablement testé scientifiquement, ne semble mis au point à cette époque pour vérifier l'existence ou non d'un objet X (dit ovni) matériel produisant un effet très localisé mais non ponctuel sur l'environnement biologique. On ne trouvera présence de cette réflexion méthodologique que dans une autre enquête avec trace, faite 5 mois après, où les prélèvements seront enfin effectués sur 2 axes X&Y couvrant toute la surface de la trace et en doublant les distances de prélèvement (7). La trace de Trans fut étudiée asymétriquement, sur un seul axe s'arrêtant au centre de la trace, et en prélevant des végétaux au hasard de leur implantation. Un amateur ufologue n'aurait pas fait pire.

 

Sans méthodologie d'étude de trace éprouvée, sans connaissance des techniques d'enquêtes ufologiques et surtout sans être un spécialiste des maladies des plantes (phytopathologue), Michel Bounias allait devenir LE spécialiste d'une nouvelle discipline "scientifique": l'analyse des traumatismes végétaux liés, a priori, a des engins mystérieux venus d'on ne sait où. Grâce à ses travaux, publiés dans la NT16 (8) de 1983 et dans un rapport interne de l'INRA (9), le Pr Bounias déclara, à qui voulait l'entendre et surtout le croire, qu'il avait mis en évidence, à partir des variations de concentrations de pigments végétaux (chlorophylles, caroténoïdes,...) un vieillissement accéléré des plantes, inversement proportionnel au carré de la distance! Sans justifier en détail pourquoi il excluait certaines causes possibles (maladie, action chimique, choc lumineux, chaleur ou froid, sécheresse, foudre,...), l'éminent biomathématicien et écotoxicologue ajouta que cela pouvait être la conséquence d'un puissant champ électro-magnétique du type micro-ondes pulsées émis par un engin mystérieux. Beaucoup y croient encore...même si M.Bounias semble avoir, au fil du temps, modéré ses ardeurs en déclarant clairement que d'autres causes étaient envisageables.

 

Il faut savoir qu'à cette époque, le GEPAN et M.Bounias sont sous l'influence des théories du Dr J.P.Petit qui agite les médias pour promouvoir la propulsion M.H.D des ovnis et obtenir des fonds pour ses travaux. Le trio Vélasco, Bounias, Petit allait se cristalliser sur ce sujet pour faire fonctionner l'ovni de Trans dans tous les médias et donner ses lettres de noblesse ufologiques à l'histoire de R.N.

 

Ainsi Trans en Provence devenait un des grands classiques mondiaux de l'ufologie. La plupart des ufologues se délectèrent d'avoir un cas ovni soutenu par des scientifiques renommés et un organisme gouvernemental comme le GEPAN/CNES. C'était compter sans quelques ufologues lucides qui ne tombèrent pas dans le piège de "l'argument d'autorité" qui fonctionne encore aujourd'hui et consiste à dire : "Ce que je dis est incroyable mais je suis scientifique alors croyez-moi!". Ces quelques curieux ou sceptiques approfondirent selon leurs possibilités le dossier et proposèrent soit des vérifications expérimentales soit des hypothèses explicatives pragmatiques.

 

En mars 1984, Michel Monnerie structure les bases d'une hypothèse psychologique. Elle pourrait s'intituler "Dépassé par les évènements" ou "L'effet boule de neige". La voici dans les grandes lignes:

 

 

Mme Morin, voisine des Niccolaï, a un faible pour les S.V. et en parle avec enthousiasme à Mme Niccolaï et à son mari. R.N., qui lui est incrédule, imagine une bonne farce alors qu'il maçonne son abri à pompe. Il a entendu dire que ce qui compte c'est la preuve (enlèvement, photo, trace). Comme par hasard des véhicules ayant manoeuvré sur son chemin ont laissé une trace curieuse. Il n'hésite plus. C'est sur sa femme qu'il essaie sa petite farce. Il ne connaît pas trop le dossier "soucoupe volante"; il sait vaguement que cela doit ressembler à deux assiettes l'une sur l'autre, il ajoute des tuyères, un sifflement... Elle pense d'abord à une blague de son mari mais elle finit par y croire quand il lui montre une trace. Son histoire fonctionne; sa femme prévient Mme M., la femme du percepteur. R.N jubile de piéger des gens d'un statut social plus élevé que le sien... Mais jamais il n'a imaginé la suite! Tout s'emballe quand Mme M. leur dit de prévenir les gendarmes et finalement les prévient elle-même, probablement suite au manque d'enthousiasme, fort compréhensible, de R.N.

Surprise, les gendarmes arrivent chez R.N. Dès lors, il faut tenir bon sinon il y a outrage aux forces de l'ordre, à sa femme et aux M., qui seraient fâchés à jamais. Passé le cap de l'interrogatoire et du procès verbal, l'affaire est admise. Elle s'accélère, prend de plus en plus d'ampleur. Des enquêteurs privés le questionnent! Ils en savent normalement plus que lui. Ils disent qu'il y a des boulons? Va pour les boulons... R.N. essaie pourtant de rester en retrait du thème ovni en utilisant le truc classique: "je ne crois pas aux S.V; c'était un engin curieux, sûrement militaire". Complice forcé de la plus grosse blague de l'année, face aux voisins, aux gendarmes, aux journaux, aux scientifiques du GEPAN, à la radio, la télévision, à l'ampleur nationale et même internationale de l'histoire, il n'a qu'une solution: ne jamais avouer la blague et s'en tenir au mieux au récit initial. A quelques variantes près qui montrent qu'il n'a pas cherché à faire un canular sophistiqué ni eu le temps de préparer un scénario cohérent.

Et quelle joie, même des années plus tard, de voir des spécialistes venir le voir, lui, ouvrier sans travail, italien parlant mal le français, pour l'entendre raconter son histoire et lui montrer que, grâce à lui, "la science avance" comme le dit le titre du livre de J.J Vélasco & J.Claude Bourret (10).

 

Cette hypothèse est la plus économique. Elle élimine les manipulations du témoin pour fabriquer une fausse trace, elle explique les variations et les incohérences de son récit. Mais elle n'est pas la seule possible, nous le verrons plus loin. Elle ne fut évidemment pas envisagée par les partisans de l'ovni scientifique et autres bons croyants.

 

 

Un débat scientifique occulté

 

Toujours en 1984, les résultats des analyses du Pr Bounias sont soumis au Pr A., un phytopathologue belge, a priori ouvert aux ovnis puisque membre de la SOBEPS (11). Michel Bounias refusa ce débat scientifique, pourtant discret, et ne répondit pas aux critiques justifiées de son collègue. Il préféra continuer à médiatiser ses travaux à la TV ou dans la presse, là où il était certain que personne ne pourrait lui opposer des questions embarrassantes.

 

Le GEPAN et J.J Vélasco, informés des conclusions du Pr A., ne chercha pas l'avis d'autres spécialistes pour en avoir le coeur net et amnésia lui aussi l'existence d'une contestation scientifique. Quasiment personne dans le public ou le milieu ufologique ne fut au courant de ce débat de fond qui, étouffé, sombra pour quelques années dans l'oubli. La SOBEPS et le Pr A. ne laissèrent résonner, dans leur revue Inforespace, aucun écho de ce pétard qui explosait en coulisse...

 

Voici donc d'autres conclusions scientifiques dont vous n'avez jamais entendu parlé : les constats du Pr A. Il fit ressortir plusieurs erreurs ou failles dans le travail du Pr Bounias:

 

La méthodologie de prélèvement sur un axe unique fut contestée. Il s'étonna de l'absence de certains échantillons d'après leur numérotation, de l'absence de valeurs relatives à des échantillons "témoins" non affectés, de l'absence de recherche d'une simple carence en sels minéraux, de l'absence d'étude au binoculaire ou au microscope des prélèvements frais. Il critiqua des techniques ou méthodes d'analyses parfois non justifiées. Il constata que six prélèvements végétaux (dont deux au même endroit), c'était un échantillonnage trop faible pour prétendre à une quelconque fiabilité des résultats sur les relations dose/effet (22% de variance sur un type de dosage ou des écarts-types représentant parfois plus de 25% de la valeur mesurée!). Il trouva regrettable qu'un spécialiste ne formule pas d'hypothèses claires sur chaque effet constaté, pigment par pigment. Il s'étonna de certaines comparaisons insolites (entre une crucifère à l'état germinatif et une luzerne adulte!). Il regretta de ne pouvoir faire de comparaison entre certaines données. En utilisant ces dernières, il vit que les courbes des autres pigments végétaux étaient très différentes de la courbe idéale présentée comme le modèle de l'effet inversement proportionnel au carré de la distance. Ceci explique peut-être pourquoi on ne voit pas ces courbes publiées dans la N.T 16 du GEPAN; la méthode de démonstration consistant en ce cas à choisir des pigments cohérents avec la relation 1/d2 et à rejeter les autres.

 

Le Pr A. conclut enfin que cela faisait beaucoup de travail pour ne pas apprendre grand chose et surtout qui ne permettait de rien conclure. L'avis officiel du GEPAN en conclusion de la note technique 16 ressemble fortement à celà! Il y avait là de quoi voir un formidable gâchis au frais du contribuable français, d'autres y ont vu une avancée de la science. Une certaine science qui se refuse à considérer la critique d'un de ses pairs et l'évidence des faits.

 

 

Manipulation des graphiques

 

 

Ce n'est qu'en 1995, que j'examinais toutes les données et graphiques supposés montrer un effet ovni d'après M.Bounias. Quelle ne fut pas ma surprise de voir:

 

 

  • qu'il n'avait pas prelevé vers le Sud, où l'herbe abonde, mais sur l'axe d'un passage où les plants sont rares. L'excès de promiscuité des plantes pouvant perturber les résutats, prétendra-t-il pour se justifier aux rencontres de Lyon. On pourrait en conclure que l'effet de l'ovni, "l'évènement de grande ampleur", serait plus faible que cet éventuel effet de proximité...non vérifié sur place.
  • qu'il ne prenait qu'un échantillon témoin à 20m ce qui rend tout calcul de normalité statistique caduque. D'autant plus que rien ne lui garantissait que ce seul plant témoin à 20m était normal.
  • qu'il ne présentait que rarement deux tableaux de dosage des pigments qui soient comparables point par point. Un truc pour éviter les vérifications par des petits fouineurs ou un manque de méthode?
  • qu'il traçait une courbe avec 6, voire 4 points et en déduisait un modèle théorique. Tout mathématicien sait qu'on peut faire dire ce qu'on veut à des points et à des statistiques, dans ces conditions.
  • que si l'on utilise les écarts types comme fourchette d'encadrement des valeurs (quand ils sont disponibles!) aucun échantillon de la série E (dite affectée) ne peut être considéré hors norme. Pourquoi notre grand professeur n'a pas voulu nous montrer des graphes avec des marges d'erreur (ou écart-types) alors qu'il doit savoir qu'en science (la vraie), il n'existe pas de mesures sans marge d'erreur? Même sur la distance, nous n'en voyons pas.
  • que si l'on utilise les échantillons E5&6 et N15, respectivement, ceux qui sont normalement les moins affectés (à 10m) et le "témoin" (à 20m à l'opposé), pour définir un mini et un maxi des valeurs dites normales, on constate que seuls E1 et N8 s' écartent, visuellement, de la norme. Pourquoi le Pr ne reporte-t-il pas la valeur du "témoin" N15 sur tous ses graphiques?
  • qu'en lisant le descriptif de l'état des échantillons E1 et N8, il était évident, simplement de par leur aspect visuel, que ces échantillons étaient affectés puisqu'il les décrit "désséchés, brunis et écrasés"... Les premiers enquêteurs du CEOSE prélevant, on ne saura jamais où, un échantillon de sol (c'est vrai!) ou bien les Niccolaï montrant la trace aux voisins auraient très bien pu piétiner ce qui allait être les échantillons N8 et E1, que préleva 40 jours plus tard le GEPAN. Incroyable? Regardez les traces de leurs pas visibles sur les photos faites moins de 48 heures après...

     

    Trace de pas

    Un simple piétinement, jamais envisagé dans les hypothèses de M.Bounias, pourrait donc passer pour l'effet d'un ovni, c'est fort!

  • que des coefficients de corrélations statistiques dépassant +0.95 sont souvent l'indice de l'usage d'une fonction mathématique trop complexe (Log x/(d+1)2 au lieu de x/d par ex.). A noter que dans ses travaux sur les échantillons de 1983 les corrélations négatives fortes, donc significatives (ex: -0.9)et proportionnelle à la distance cette fois, sont bizarrement ignorées dans son compte-rendu des actes des rencontres de Lyon en 1990.
  • qu'il modifie la pente de la courbe dose/distance2, normalement faible si l'on use de D+0.05m, grâce au D+1m qui la fait grimper en flèche.
  • qu'il avait tenté (et peut-être réussi!) de faire croire aux membres d'un colloque international de biologie théorique en décembre 1984 que des plants étaient affectés au niveau des chlorophylles. Pourtant en superposant ses graphiques, des plants, dits affectés, se retrouvent tous, sauf E1, dans la zone de normalité des plants qu'il définit lui-même comme sains. Il inventait du même coup sans le savoir un nouveau concept : l'échantillon "normal et affecté". C'est très, très fort!
  • qu'il comparait l'irradiation d'une crucifère germinative mais aussi un effet thermique sur un pissenlit ou le dosage des chlorophylles A chez l'orge avec l'effet X d'un ovni Y sur ....une luzerne sauvage adulte. Ceci équivaut à comparer l'effet d'un poison essayé sur une abeille pour le transposer à l'homme. Mais alors pourquoi a-t-il exclu de son l'étude les prélèvements de thym E7 et de salade sauvage E8 récoltés à Trans?
  • qu'il y aurait eu des prélèvements effectués à J+4 ou à l'épicentre dans la série 1. Ce qui serait faux d'après les données de la NT16 du GEPAN... Prélèvements fantômes ou erreurs de compte-rendu?
  • qu'il n'y a eu aucune surveillance de l'évolution des végétaux sur le site, notamment de ceux non touchables par l'homme. Les épines des pins survolés par l'ovni ne contenaient- elles pas de chlorophylle?

 

Le comble est que les travaux du Pr Bounias ne permettent pas de démontrer :

 

 

  • que l'effet constaté a bien commencé le jour de l'observation 8 janvier (et pas avant ou après !).
  • que l'effet maxima était bien au "centre" présumé de la trace (échantillon E1) puisqu'il n'y eut aucun autre échantillon pris symétriquement à E2 par rapport au "centre" pour le confirmer. En fait, l'ovni allégué et son effet maxima allégué pouvait très bien se situer 1m ou 3m avant l'échantillon E1, vers l'Ouest! C'en était alors fini de l'effet sur les plantes étayant le témoignage. Dois-je continuer?

 

 

Les effets indésirables d'une analyse complémentaire

 

Voici un autre fait troublant. Le Pr.Bounias déclara aux médias, dès janvier 1984, que l'effet sur les végétaux persistait deux ans après. Il développera ces résultats dans une revue de l'INRA et aussi dans la presse ufologique (12). Parvenu à cette conclusion, d'après ses travaux sur de nouveaux prélèvements effectués sur le site en 1983, le Pr Bounias s'est vite rendu compte des conséquences. Si l'effet persistait aussi longtemps, c'est qu'il était lié au sol ou au vécu du site (et non plus aux prétendues micro-ondes de l'ovni!) puisque les jeunes végétaux prélevés deux ans après les faits n'avaient pas "vécu" l'effet de l'ovni. Tout au plus, comme les plants de la première série de prélèvements effectués 40 jours après l'observation, avaient-ils subi le piétinement répété des curieux venus en pélerinage. Devinerez-vous qui se faisait alors photographier ou filmer sur le site de la trace pour passer dans le journal ou à la télé?

 

Pour se sortir de cet imbroglio, il n'osa pas annoncer au public que ces analyses démontraient que l'ovni était revenu incognito entre 1981 et 1983. Il fallait donc trouver des explications scientifiques ou bien qu'il n'y ait plus aucun effet deux ans après pour conserver l'ovni de Trans et l'image de marque de Michel Bounias. Sachant que peu de gens possèdent ou comprennent ses travaux et qu'il y a peu de chance pour que, parmi eux, quelqu'un ait accès à un média assez puissant pour le contredire, il opta alternativement pour l'explication complexe ou l'oubli du second effet très retardé (type "kiss cool"?) comme le fit J.J Vélasco dans ses conférences ou dans Ciel&Espace d'avril 1992.

 

Dans un langage scientifique suffisamment abscons pour que personne ne réagisse, il parlera "d'effet rémanent" et "d'intervention d'un effecteur antérieur" ajoutant que "plusieurs anomalies semblent fortuites, sans relation causale avec le phénomène étudié"; il reniera des effets sensés exister dans ses précédents travaux sur les échantillons de 1981 et démontrera des effets sur les plants non exposés de 1983...Une sorte de demi aveu? Il publiera même que :

 

 

  1. les prélèvements datés J+1 avaient probablement été victimes d'un déficit d'éclairement. Pour un ovni qui est resté là 40secondes, de surcroît au soleil couchant, c'est une prouesse scientifique!
  2. à J+40, l'effet était d'une autre nature, liée aux oxydations phosphorylante, sans autre explication claire.

 

M.Bounias fera une conférence aux rencontres de Lyon en 1990 (13) où il exposera beaucoup plus en détail ses résultats et conclusions sur cette seconde analyse Pour les tests effectués deux ans après, il les noiera dans une théorie mathématique de son cru et, pour les valeurs génantes, il ira jusqu'à arguer avec humour de l'éventualité d'un rat urinant sur un plant. Mais pour les mesures de 1981, il confirmera la relation x/d2 et la théorie du champ électro-magnétique. Il n'ira malheureusement pas jusqu'à avancer une explication bien plus prosaïque:

 

J moins X: Un ou des véhicules ont été manoeuvrés ou garés pendant un temps assez long au dessus de l'herbe et vous avez le fameux manque de lumière qui altère les chlorophylles, l'écrasement, le flétrissement, le frottement, les traces en arc,...

J+1: Criez à l'ovni et les gendarmes prélèvent. Les enquêteurs de la SVEPS aussi...Où? Nul ne le sait.

J+1 à J+40: Les curieux viennent aussi piétiner les plantes environnantes (selon une relation logiquement inversement proportionnelle à la distance, s'il ne sont pas aveugles!)

J+2 ans: Cela continue moins fort, de manière plus aléatoire, au gré des interviews et pélerinages sur le site. CQFD

 


 

Quelques années plus tard, M.Bounias eut l'opportunité de réaliser d'autres analyses de plantes présumées exposées aux radiations mystérieuses d'un ovni. A Nort sur Erdre (Loire Atlantique) en 1987, un jeune garçon aurait enregistré le son étrange émis par un ovni stationnant au dessus des arbres. Des feuilles ont été collectées et -en serez vous surpris?- M.Bounias trouva un traumatisme similaire à celui observé sur la luzerne de TEP (14). Hélas pour lui, une enquête de Renaud Marhic (15) a démontré qu'il s'agissait d'un canular. Nombreux sont les facteurs qui influencent les végétaux...

 

Ici je désire qu'il soit parfaitement clair que je ne discute pas l'expertise de M.Bounias dans le domaine ou il est réellement spécialiste, par exemple l'analyse de petites quantités de substances par microchromatographie en couche mince. Mais un examen des publications de M.Bounias (16) a montré que peu de ses travaux concernaient les plantes et aucun sur des effets du type de celui de TEP. Son principal sujet d'expérimentation en étant très éloigné: la glycémie chez les abeilles. Comme chacun sait, la science est aujourd'hui très spécialisée et un scientifique n'est, hors de son domaine d'expertise, pas plus compétent qu'un profane normalement intelligent. Donc je ne conteste pas la valeur des résultats des mesures chromatographiques mais celle des conclusions qu'il s'aventure à formuler sur la cause des traumatismes observés. Je pense que, comme cela est arrivé à d'autres scientifiques qui croient aux ovnis, sa croyance a obscurci sa raison dans cette affaire.

 

 

Recherche ciment pour un cas béton

 

Revenons encore en 1984, Michel Figuet entreprend son enquête auprès du témoin pour tester l'hypothèse d'une bétonnière laissant couler des traces de ciment ou d'un 4x4 utilisé pour les forages (qui aurait été vu sur le site) ayant pu provoquer les traces et effets observés. En 1985, une analyse du pH et de quelques composants du sol est commanditée par cet ufologue auprès du laboratoire de pédologie de l'institut agricole du Hainaut. Conclusion: Rien ne démontre formellement l'existence d'anomalies (17). C'est le statu quo. Aucune analyse du pH du sol n'existant dans la note GEPAN, Michel Bounias, chatouillé par les critiques, comble cette lacune trois ans après les faits et expérimente en hâte l'effet du ciment sur le pH du sol pour conclure que cette hypothèse "bétonnière" est exclue (*). Malheureusement là encore, l'expérience est biaisée et bâclée. Entre autre, il n'indique même pas les proportions du ciment mélangé au sol sachant pourtant très bien que la concentration peut faire varier le pH; il ignore tout effet de dilution par des pluies éventuellement acides; il réduit le nombre et le temps global des mesures à 2h au lieu de 24h pour les échantillons témoins (18).

 

Ayant obtenu toutes les pièces du dossier de Michel Figuet, et suite à une discussion avec ce dernier, Jacques Vallée va vouloir lui aussi laisser son empreinte sur le cas, et recrédibiliser cet ovni par conséquent. En 1989, il publie un article (19) où il explique qu'il a fait effectuer aux USA des nouvelles analyses à cause "d'un certain nombre d'ufologues indépendants...ayant notamment enquêté auprès des voisins... qui ont observé un véhicule de forage". Face à ces "spéculations", J.Vallée propose une approche qu'il dit "scientifique". La voici:

 

Il se procure, auprès du GEPAN, deux échantillons provenant tous deux de l'anneau de la trace. L'un de sa surface Q1, l'autre en profondeur Q2. L'absence d'un échantillon témoin montre déjà que sa démarche n'est pas de confirmer la présence de trace d'un ovni par comparaison mais bien de casser les hypothèses dérangeantes de Michel Figuet. J.Vallée concluera qu'aucune trace de ciment, d'huile de polluant chimique ne témoigne de la présence d'un véhicule. Etonnants propos chez un scientifique, quand on pense que ces substances n'ont pas été recherchées puisqu'il déclare au laboratoire chargé de l'analyse que les échantillons "ne contiennent pas de substances toxiques ni radioactives". Ainsi il fausse, même involontairement, d'entrée le protocole d'une analyse qu'il dit en aveugle. Les méthodes d'analyses requises pour déceler des toxiques pour les plantes (l'huile de vidange, des pesticides, des desherbants ou du ciment) ne seront alors pas mis en oeuvre. Microscope à balayage électronique et analyse de dispersion aux rayons X, quoiqu' inadéquats pour rechercher les composés intéressants, feront au moins illusion sur le public néophyte et même, c'est plus grave, pour des scientifiques américains.

 

D'emblée la validité de la méthode s'écroule et l'on voit que ses arguments relèvent de la pure spéculation sauf pour la revue à "referee" Journal of Scientific Exploration qui n'a pas hésité à cautionner J.Vallée et le cas de TEP.

 

Mais il y a mieux dans cette analyse borgne pour ufologues aveugles : il expose ensuite une analyse microbiologique qui met à jour des insectes morts et des "fibres noires et blanches" dont la nature n'est pas recherchée. Notons que les analyses biologiques du GEPAN sont contradictoires sur ce sujet (absence de traces organiques" : p.40 de la NT16, mais "présence de mousses" en p.34).

 

En ce qui concerne les composants chimiques du sol, on est aussi très loin de retrouver les mêmes éléments dans les analyses de J.Vallée et du GEPAN. Au point, qu'on arriverait à se demander s'il s'agit bien des mêmes échantillons ou de la même trace. Un bref rappel pour mémoire:

 

 

  • Par le GEPAN: fer libre ou oxydé trouvé; composé monocristallin sans efflorescence "foisonnante" (indice d'une genèse à moins de 600°C); ions négatifs C2H2O et ions phosphates 63&79 (ressemblance avec des polymères et résidus de combustion envisagés); faible quantité de sodium, magnésium, titane; présence de zinc et phosphates sur les particules noires; matrice polymérique carbonée (revêtement primaire à base de carbon black); pas d'aluminium sur les particules noires.
  • Par Jacques Vallée: Présence d'aluminium, silicium, calcium, fer dans les deux échantillons; traces de potassium (sodium peut-être masqué par le type d'analyse) présence de cuivre incertaine ou irrégulière.

 

Pas de zinc, ni de phosphate. Aucune allusion à la présence de matrice carbonée polymérique ou des particules noires. Rien que du sol...Bizarre...

 

Ni la note technique GEPAN ni J.Vallée n'indiquent:

 

 

  • la nature exacte du sol. Le GEPAN, se souciant fort peu de la géologie et de la composition naturelle de la roche indique suivant les pages "prédominance calcaire" ou "argilo-calcaire" et/ou "grès". Pour l'analyse de J.Vallée, il s'agit de "sable humide et beige".
  • une mesure du pH des échantillons de sol
  • la présence de sulfates, nitrates, chlorures,...susceptibles d'influencer la croissance de plantes (non recherchés)

 

Dans les deux cas, les analyses sont purement qualitatives et mettent en évidence (en majorité) des éléments normaux d'un sol. Des analyses quantitatives mettant en évidence des différences significatives entre sol témoin et trace auraient eu une toute autre valeur...scientifique.

 

Cela n'empèchera pas J.Vallée d'écrire que les échantillons du sol ont été analysés "en vue de valider l'étude du cas par le CNES et que leurs résultats tendent à étayer les constations antérieures des laboratoires français". Pourtant, là où le GEPAN voyait des traces "d'un événement de grande ampleur", J.Vallée ne voit qu'un sol normal! Comble, il essaie de prouver la présence de l'ovni par l'absence d'indice au sol (malgré ceux mis en évidence par le GEPAN) et l'absence de trace de ciment par l'absence d'une recherche de toxiques pour les plantes. Voilà qui manquait au riche argumentaire des incongruités ufologiques. C'est ainsi que J.Vallée tenta (au nom de la science ou d'une croyance?) de mettre fin à l'hypothèse "engin roulant: foreuse ou bétonnière".

 

C'est en réalité Michel Figuet, lui même et non J.Vallée, qui invalida l'hypothèse d'un forage en découvrant que le témoin avait noté sur son carnet dates, lieux et profondeurs des divers forages (dont celui d'août 1982). L'emplacement, la date ne correspondait pas et ce type de sondage ne s'effectuait pas à moins de 2 mètres d'un mur. Voilà qui montre qu'on peut être amateur et savoir ce qu'est une preuve.

 

Rappelons, pour expliquer l'hypothèse bétonnière, que "les ciments sont obtenus par broyage de calcaire et d'argile (silice) mélangés en une pâte humide à laquelle on adjoint du laitier de haut fourneau ou de la pouzzolane (cendre volcanique) ou des scories ( qui contiennent des phosphates) ou du minerai de fer. La pâte est cuite pour donner le clinker. On peut y mélanger enfin 2% maximum de gypse (CaSO4) pour ralentir la rapidité de prise. La composition moyenne d'un ciment oscille entre 20 à 24 % de Silice, 7 à 11 % d'oxyde Alumine + Oxyde de Fer et 63 à 67 % de Oxyde de Calcium. Lorsque l'on verse de l'eau sur cette poudre, il se produit deux réactions: une d'hydratation et l'autre d'hydrolyse. Un dégagement de chaleur important s'en suit et de longs cristaux imbriqués se forment progressivement donnant de la rigidité au mélange. Le ciment prend et durcit en séchant."

 

Que de points communs avec notre affaire! Toutefois même si des traces de ciment avaient été recherchées, il eut été très improbable de les déceler ou de les discerner dans le sol de Trans-en-Provence par les seules analyses chimiques comme le constata pertinemment un vrai ingénieur pédologue. En revanche, les cristaux insolites trouvés par le GEPAN pourraient encore parler si le SEPRA consultait des experts en ciment et en minéralogie. On peut rêver...

 

 

Un objet roulant non-identifié

 

L'histoire de T.E.P aurait pu s'arrêter là sans la pugnacité de Michel Figuet. Son désir de faire un bilan de l'affaire Trans-en-Provence m'obligea à me plonger dans ce dossier que, comme beaucoup, je pensais connaître.

 

L'examen attentif des photos et diapositives des traces permit de voir des éléments dont aucune enquête, même dite scientifique, n'avait tenu compte. Tous amnésièrent les empreintes de piétinement et surtout les traces de pneus nettement visibles sur le chemin (fig2), dans l'herbe et surtout traversant la trace en tous sens, notamment en plein "centre" ou reliées aux fameux arcs. L'une d'elle, très courte et attenante à la trace, a le même aspect blanchâtre provoqué par un ripage qui fut traditionnellement lié à l'ovni allégué.

 

Un autre élément étaie cette hypothèse d'une trace de pneus indépendante de l'ovni décrit par R.Niccolaï. N'en déplaise à J.J Vélasco qui déclare à qui veut l'entendre qu'il n'y a pas de résidus de combustion à Trans, les analyses du GEPAN indiquent la présence de carbon black qui, comme le représentant du SEPRA veut l'ignorer, est obtenu par combustion de gaz ou de dérivés pétroliers. Il serait, d'après l'un des labos, issu d'une "peinture primaire".

 

Toutefois de nombreux autres composés, non trouvés à l'analyse, entrent dans la fabrication des peintures. En revanche, le carbon black est utilisé, pour 90% de sa production, dans le caoutchouc (matrice polymérique carbonée) des pneumatiques. Il représente en proportion (40 à 50%) du mélange. On y met aussi des oxydes de zinc (ZnO) et de magnésium (MgO), de la silice, de la calcite (CaCO3), du sodium (Na) et d'autres adjuvants faisant le secret de la fabrication (antioxydant du type phosphites ou phosphates, huiles minérales contenant elles-même des dithiophosphates de zinc, antiabrasion, oxyde de titane,...). Voilà encore bien des choses trouvées à Trans par le GEPAN... Notons que la surface spécifique du carbon black diffère selon son utilisation. Si le SEPRA voulait bien en donner la valeur chiffrée au lieu d'une vague précision du type "section efficace importante" dans la note GEPAN, il serait possible d'en connaître la provenance probable. Les grands mystères tiennent parfois à peu de choses.

 

A défaut d'aide du SEPRA, une petite expérience avec ma voiture allait me confirmer bien des points communs avec l'aspect visuel microscopique décrit dans la NT16. En faisant un dérapage par freinage (ou un démarrage avec patinage de roue) sur un sol argilo-calcaire, on constate un polissage, une abrasion des graviers, de fines striures ferreuses d'éclat métallique et un petit dépôt noir granuleux laissé par le pneu sur les grains de roche qui, examinés au binoculaire, sont identiques à ce que montrent les photos du GEPAN (p.36, NT16). Amusez-vous aussi! J'invite ceux qui en ont les moyens à faire l'analyse d'un pneu des années 80 ( ex: caoutchouc du type SBR 1800 ou du type NR).

 

J.Vallée ou J.Jacques Vélasco du SEPRA ne le feront sûrement pas... et ne l'ont toujours pas fait.

 

Bien des vérifications et comparaisons élémentaires n'ont pas été faites à cause d'idées préconçues ou par peur d'être éventuellement obligé d'admettre que cette trace-là pourrait avoir été faite par un objet monté sur roues chaussées de pneumatiques (et laissant peut- être choir du ciment?). R.N a pourtant signalé la présence de véhicules sur le terre-plein pour la construction de la petite maison annexe...quelques semaines avant l'ovni.

 

 

Une bouée de sauvetage pour le GEPAN?

 

Un article du FIGARO du 11 février 1983, amena Raoul Robé et moi-même à nous demander si le cas de Trans n'était pas un ovni utilisé comme une bouée de sauvetage sensée sauver le GEPAN d'un naufrage programmé. Cet organisme disparut en 1988. Il fut remplacé par le Service d'Expertise des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques, représenté par l'unique J.J Vélasco, qui justifie son existence par quelques apparitions médiatiques mais n'effectue plus aucune étude globale ni communication d'enquêtes. A la fin de l'année 1983, il y eut une restructuration qui restreignit la mission du GEPAN. D'organisme collégial chargé d'étudier scientifiquement les ovnis, il devint simple "chargé d'enquête" sans moyen d'étude scientifique. Un sacré virage et une grosse purge! A cela on peut voir divers mobiles:

 

 

  • Le gouvernement de gauche en place n'était pas ouvert comme le gouvernement de droite, qui fit naître le GEPAN, au phénomène ovni ou à l'hypothèse HET.
  • Le contexte ufologique est alors morose. Peu d'observations donc un service du CNES qui pouvait sembler onéreux pour un phénomène quasi absent des médias.
  • Les années écoulées depuis la création du GEPAN n'ont pas réussi à étayer une quelconque piste démontrant un phénomène scientifiquement intéressant ou économiquement exploitable. Tout au plus, elles ont permis de prendre conscience qu'une forte majorité de cas relevait de la méprise et de la psychologie humaine.
  • L'objectivité et la méthodologie du GEPAN était contestable et contestée au vu de quelques unes de ses publications externes ou internes (20).

 

Quoiqu'il en soit de ces mobiles, il planait tout début 1983, voire courant 1982, une ombre menaçante pour le GEPAN. Certaines personnes membres de cet organisme auraient pu penser que c'était le moment ou jamais de montrer des cas forts et récents qui justifieraient une prolongation de budget pour l'étude ovni (et la conservation de certains postes). Si cette hypothèse est viable, il devrait donc y avoir à cette époque des cas forts étudiés par le GEPAN et une démonstration d'objectivité. Et quelle coïncidence justement, c'est le 1 mars 1983 (alors que les compléments d'analyse de M.Bounias sont en cours!) que parait le cas de "T.E.P" datant pourtant de janvier 1981.

 

Suit dans la foulée, la publication du deuxième cas fort, surnommé l' "amarante" suite a une altération présumée de plantes du même nom. Quand on l'examine de près, cette observation est, par de très nombreux points de son scénario, une sorte de "Trans-bis amélioré". Le témoin unique est cette fois un scientifique anonyme (de l'INRA, quel hasard!). Cette observation qui date du 21 octobre 1982 sera publiée le 21 mars 1983 (21). Avant cette averse soudaine d'ovnis "scientifiquement étayés", la note technique n°14 montrait que le GEPAN savait élucider certains ovnis boiteux et que certains phénomènes météorologiques (foudroiement au sol) pouvaient grâce à lui être mieux étudiés (22). La répartition temporelle des enquêtes publiées montre bien une fréquence accrue entre 1981, changement politique, et 1983, mutation du GEPAN, ainsi qu'une absence de cas forts avant.

 

Cette hypothèse à l'avantage d'expliquer la manière dont fut traitée toute l'enquête officielle du GEPAN.

 

 

Un hélicoptère passe incognito

 

C'est encore Raoul Robé qui fit un constat relatif aux conditions d'ensoleillement lors de l'observation de R.N.

 

Tout le monde croyait que le cas de Trans était diurne. Faux encore, l'observation se serait faite "entre chien et loup" au crépuscule! La N.T n°16 mentionne une nébulosité de 2/8 et nous renseigne un peu sur l'état d'éclairement :"le soir tombant, il voudrait en avoir terminé avant la nuit". Rappelons que l'observation se déroule vers 17 h. locales, sans aucune précision de la fiabilité de cette information. Or le 8 janvier, le soleil se couche à 17h 14 légales (16h58 pour le centre météo local).

 

Au 240°N, là où était le soleil, une colline culmine à 100 m environ plus haut que le site, à 2,5km de là, soit un angle supérieur à 2 degrés. Le soleil étant très bas sur l'horizon, sinon carrément couché d'après la météo; la présence de cette colline occulte d'autant la lumière.

 

Cette heure crépusculaire et hivernale n'est vraiment pas favorable à une bonne visibilité, d'autant que l'on ne connait pas l'état de l'acuité visuelle du témoin. Ceci expliquerait qu'il ait pu voir un objet "sombre, couleur gris foncé, mat" mais pas qu'il se remette au travail, comme il le déclara à la presse, alors que la maçonnerie nécessite un temps assez important de rangement (sacs) ou de nettoyage des outils et bacs. Se serait-il trompé dans l'estimation de l'heure ?

 

Et si l'observation s'était passée un peu plus tôt, avant le coucher du soleil, vers 16h30, comme ne cesse de l'écrire J.J Vélasco dans la presse. Or à cette heure (encore approximative!), un hélicoptère Alouette II de l'ALAT survolait Trans à 200m du sol, d'après le GEPAN. Voici qui pourrait expliquer l'origine du récit sachant que l'attention du témoin a été attirée par un léger sifflement, comme celui des hélicoptères, dira-t-il à Michel Figuet. Celà ouvre deux pistes :

 

Soit R.N, vers 16h30/17h00, surpris par un hélicoptère (dont il ne mentionna pas le passage au GEPAN!) pense à un ovni qui lui inspire sa farce, c'est l'hypothèse psychologique du canular basé sur un stimulus physique reél. Soit, vers 16h30, sous l'influence d'un médicament pour son traitement cardiaque, il se relève brusquement, ne reconnait pas l'hélicoptère qui approche ni l'ombre portée oblongue de celui-ci qui défile sur la terrasse et les arbres. Cette vision fugitive disparue, il trouve une trace insolite (de pneu!) qui le convainc d'une descente vers le sol. C'est l'hypothèse méprise par perception altérée d'un stimulus physique réel.

 

Explication fréquente en ufologie et bien connue du GEPAN qui étudia une affaire datant de 1979 (23) où le témoin était sous l'influence d'un traitement médical à base de cimétidine. Il n'y aura pourtant aucune enquête du GEPAN sur les médicaments pris par R.N.

 

Si l'hypothèse d'une heure erronée est bonne et s'il s'agissait bien d'un ovni venu d'ailleurs, il y a fort à parier que le pilote de l'hélicoptère aurait pu le voir. Le GEPAN ne lui demanda d'ailleurs pas puisqu'il était certain que l'ovni était là! Quand je pense qu'en 16 ans, aucun ufologue, aucun des grands scientifiques s'étant fait le défenseur du cas, aucun des experts du GEPAN qui ont cru (ou fait semblant de croire) à cet ovni n'a cherché à comprendre ce qu'il serait venu faire là. En admettant cette incertitude horaire, tout s'éclairerait: c'est élémentaire, l'ovni se serait caché pour ne pas être vu par un hélicoptère de l'ALAT.

 

J'avoue qu'il m'est agréable (comble pour un débunker!) de reboulonner cet ovni qui perdait ses tôles, sa peinture et donc toute son "essence" extra-terrestre à cause de ceux qui prétendirent le faire voler.

 

Moralité: Ceux qui sabotent la recherche ufologique ne sont pas là où on voudrait faire croire qu'ils sont et ceux qui cherchent à comprendre ne sont sûrement pas ceux qui prétendent savoir parce qu'ils ont un titre scientifique!

 


 

 

CONCLUSION

 

A partir d'un témoignage, unique et bancal, le GEPAN, avec le concours de bien d'autres intervenants scientifiques, mais touchant tous au milieu ufologique, a réussi à créer un cas quasi mythique dans l'opinion publique. Il s'avère que le dossier Trans-en-Provence est bien loin d'être aussi consistant qu'on le prétend.

 

Une petite devinette, basée sur des résultats contenus dans le dossier scientifique de l'enquête, résume à elle seule la valeur de l'ovni de Trans en Provence : "Quel objet posé au sol, émettant probablement des micro-ondes pulsées, peut produire un échauffement du sol inférieur à 600°C et ne pas laisser de trace d'un d'effet thermique sur les plantes qui y poussent ?"

 

Pour finir, cédons la parole au témoin qui déclara à la fin d'une émission télévisée consacrée à son observation :

"Le petit mot que je voulais dire moi pour terminer, c'est dans... Disons, j'ai vu, j'ai vu, c'est un conte disons! La preuve qu'on peut trouver par terre là,...des gens, des scientifiques là, relever quelquechose, ça c'est une autre chose. Je dis moi aussi dans la nuit je rêve."

 

A Michel Figuet, il confia enfin:

"Il y a tellement de couillons dans le monde. Un jour, je vous dirai toute la vérité".

 

J'attends ce jour, sans surprise...

 

Eric Maillot

 


 

Remerciements au Dr Jacques Scornaux pour son aide et sa traduction anglaise (parue dans UFO 1947-1997, Hilary Evans et Dennis Stacy, Ed. Fortean Times.)

 

Instituteur, spécialisé en sciences et techniques, "ufologue" provincial actif depuis une dizaine d'années, ex-membre de la SERPAN, membre du CNEGU, intéressé par l'aspect physique d'abord puis par la psychologie de la perception des ovnis, il structure une base de donnée comparative OVI/OVNI puis explique (hypothèses ou preuves) par diverses méprises plusieurs centaines de cas ovnis français réputés solides ou classiques. Agacé par les ravages de la croyance ou pire de la pseudo-science sur un public peu formé à l'esprit critique, il publie études et critiques, étayées et détaillées, sans concession envers l'establishment ufologique (proHET ou proHSP) ce qui lui vaut d'être classé comme debunker ou néo-ufologue dérangeant. Son moteur: le plaisir de comprendre une énigme et de l'expliquer aux autres.

 

P.S : Si vous désirez en savoir beaucoup plus sur cette affaire très complexe et très passionnante que je n'ai pu aborder ici que très, très, succinctement, reportez-vous au dossier le plus complet qui existe à ce jour sur ce sujet, celui édité par la SERPAN (disponible à : SERPAN c/o Thierry Rocher, 9bis rue de Rouen F-94700 MAISONS ALFORT. Chèque de 120f port compris libellé à l'ordre de la SERPAN). Son président Michel Figuet et ses membres y défient toute personne de trouver dans le dossier scientifique de Trans une preuve allant à l'encontre de l'hypothèse majeure développée: "des traces de pneus servirent de prétexte pour crédibiliser le témoignage unique de M.Niccolaï et cautionner la croyance aux ovnis d'origine E.T. "

source : //www.zetetique.ldh.org/tep.html



11/10/2013
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